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EDITO - À quand une politique sociale sur l’ice ?


Il y a quelque chose de pourri au royaume de Mā’ohi nui. Les tribunaux ont beau se remplir, comme les cellules, les interpellations se succèdent, les saisies sont de plus en plus importantes, et pourtant, le problème de l’ice ne cesse de croître. 

Le phénomène n’est pas seulement le problème de la Polynésie française. C’est celui de tout un Pacifique gangrené par la métamphétamine, comme aux Tonga ou à Fidji, où les choses dérapent de plus en plus.  

Récemment, à Suva, les trafiquants réglaient encore leurs conflits à coups d’armes de poing. Pire, le ministère de la Santé sur place tire la sonnette d’alarme sur l’accélération des taux de contaminations au Sida à cause d’une technique barbare, le “bluetoothing”. Le principe est aussi simple que répugnant. Les drogués partagent leur sang pour se droguer lorsque les quantités de méthamphétamine sont trop faibles. Le résultat est une augmentation des cas d'infection au VIH de plus de 100 % en une année, passant de 552 cas signalés entre janvier et juin 2024 à 1 093 en septembre de la même année. 

À Tahiti, pour endiguer le problème, les douaniers renforcent les contrôles. Même chose pour la gendarmerie et la DSP sur les routes pour interpeller les possesseurs de ces cristaux. L’État a décidé de débloquer en 2026 2 millions d’euros (239 millions de francs) pour renforcer la lutte. Des associations se montent pour aider et sensibiliser, mais il reste tant à faire.  

En 2022, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives publiait une longue analyse de la tendance croissante de la consommation de l’ice en Polynésie française et mettait le doigt sur une donnée, toujours inexploitée. “Ce cadrage du problème et les solutions qui y sont associées occultent d’autres dimensions essentielles pour comprendre et lutter contre ce phénomène. En premier lieu, le rôle des inégalités sociales, particulièrement fortes en Polynésie française, n’est presque jamais pris en compte. De plus, l’ice est rarement considérée dans les discours médiatiques et politiques comme un problème de santé publique. (…) Seule une politique sociale et sanitaire ambitieuse semble à même de pouvoir apporter une réponse durable aux problèmes d’addiction en Polynésie française.” 

On attend toujours. 


Rédigé par Bertrand PREVOST le Samedi 31 Janvier 2026 à 14:05 | Lu 571 fois